Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/100

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Il fit appeler son chef de cuisine et lui demanda d’où venait ce pâté.

— De Paris, Sire, Il est tout frais : et cuit le matin même, au Marais, par douze commères, dans la ruelle d’une accouchée.

— Je m’explique maintenant qu’il soit insipide, reprit le prince des Enfers. Vous ne l’avez pas pris chez les bonnes faiseuses. À ces sortes de mets les bourgeoises travaillent de leur mieux, mais elles n’ont point de finesse et le génie leur manque. Les femmes du commun s’y connaissent moins encore. Pour avoir un bon pâté de langues, il faut l’aller chercher dans un couvent de femmes. Il n’y a que les vieilles religieuses qui sachent y mettre tous les ingrédients nécessaires, belles épices de rancune, thym de médisance, fenouil d’insinuations, laurier de calomnie.

Cette parabole est tirée d’un sermon du bon père Gillotin Landoulle, capucin indigne.