Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/118

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trouvai dehors, avec mon bon maître, par une nuit d’été merveilleusement douce, qui me fit concevoir tout de suite la vérité des fables antiques qui se rapportent aux faiblesses de Diane, et sentir qu’il est naturel d’employer à l’amour les heures argentées et muettes. J’en fis l’observation à M. l’abbé Coignard, qui m’objecta que l’amour cause de grands maux.

« Tournebroche, mon fils, me dit-il, ne venez-vous pas d’entendre de la bouche de ce bon prémontré que, pour avoir aimé un sergent recruteur, un commis de M. Gaulot, mercier à la Truie-qui-file, et M. le fils cadet du lieutenant criminel Leblanc, mam’zelle Fanchon fut mise à l’hôpital ? Voudriezvous être ce sergent, ce commis ou ce cadet de robe ? »

Je répondis que je le voudrais. Mon bon maître me sut gré de cet aveu et il me récita quelques vers de Lucrèce pour me persuader que l’amour est contraire à la tranquillité d’une âme vraiment philosophique.

Ainsi devisant, nous étions parvenus au rond-point du Pont-Neuf. Accoudés au parapet,