Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/16

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Il fit asseoir l’empereur de France et les douze comtes autour de sa table chargée de cerfs, de sangliers, de grues, d’oies sauvages et de paons roulés dans le poivre. Et il offrit à ses hôtes, dans des cornes de bœuf, les vins de Grèce et d’Asie. Charlemagne et ses compagnons burent tous ces vins en l’honneur du roi et de sa fille Hélène. Après le souper, Hugon les mena dans la chambre qui leur était destinée. Cette chambre était ronde ; une colonne, qui s’élevait au milieu, en soutenait la voûte. On ne pouvait rien voir de plus beau. Contre les murs, couverts d’or et de pourpre, douze lits étaient rangés ; et un treizième se dressait proche la colonne, plus grand que les autres. Charlemagne s’y coucha et les comtes s’étendirent alentour. Le vin qu’ils avaient bu leur chauffait le sang et faisait fumer leur cerveau. Ne pouvant goûter le sommeil, ils se mirent à gaber, selon la coutume des chevaliers de France, et ils firent à l’envi des gageures où se montrait leur grand cœur. L’empereur fit le premier gab. Il dit :

— Qu’on m’amène à cheval et tout armé le