Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/18

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Aimer prit la parole après Gérard.

— J’ai, dit-il, un chapeau merveilleux, fait de la peau d’un veau marin et qui rend invisible. Je le mettrai sur ma tête, et demain, quand le roi Hugon sera à son dîner, je mangerai son poisson, je boirai son vin, je lui pincerai le nez, je lui donnerai des soufflets, et ne sachant à qui s’en prendre, il fera mettre en prison et fouetter tous ses serviteurs, et nous rirons.

— Moi, fit à son tour Huon de Bordeaux, je suis assez agile pour m’approcher du roi et lui couper la barbe et les sourcils sans qu’il s’en aperçoive. C’est un spectacle que je vous donnerai dès demain. Et je n’aurai pas besoin d’un chapeau de veau marin.

Doolin de Mayence fit aussi son gab. Il promit de dévorer en une heure toutes les figues, toutes les oranges, tous les citrons des vergers du roi.

Puis, le duc Naisme parla de la sorte :

— Par ma foi, j’irai dans la salle du festin, je prendrai hanaps et coupes d’or, et les lancerai si haut qu’ils ne retomberont plus que dans la lune.