Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/183

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


pied des blanches falaises hantées des oiseaux, le Romain refusa de débarquer, redoutant des dangers inconnus et la mort certaine. Komm descendit à terre avec ses chevaux et ses fidèles, et parla aux chefs bretons venus à sa rencontre. Il leur fit un discours par lequel il leur conseillait de préférer l’amité fructueuse des Romains à leur colère impitoyable. Mais ces chefs, issus de Hu le Puissant et de ses compagnons, étaient violents et fiers. Ils écoutèrent ce langage avec impatience. La colère éclata sur leurs visages, barbouillés de pastel. Ils jurèrent de défendre leur Ile contre les Romains.

— Qu’ils débarquent ici, s’écrièrent-ils, et ils disparaîtront comme disparaît sur le sable du rivage la neige qu’a touchée le vent du Midi.

Tenant pour un outrage les avis dictés par César, ils tiraient déjà l’épée du ceinturon et voulaient mettre à mort le messager de Rome.

Debout, courbé sur son bouclier dans l’attitude du suppliant, Komm invoqua ce nom de frère qu’il pouvait leur donner. Ils étaient fils des mêmes pères.