Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/20

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— Volontiers, sire, répondit Olivier. Connaissez-vous Hercules de Grèce ?

— On m’en a fait quelques discours, dit Charlemagne. C’était une idole des mécréants, à la manière du faux dieu Mahom.

— Non point, sire, dit Olivier. Hercules de Grèce fut chevalier chez les païens et roi de quelque royaume. Il était homme bon et bien formé de tous ses membres. S’étant rendu à la cour d’un empereur qui avait cinquante filles pucelles, il les épousa toutes la même nuit, si bien que le lendemain matin elles se trouvèrent toutes femmes bien satisfaites et instruites. Car il n’avait fait injure à aucune. Or, s’il vous plaît, sire, je ferai mon gab à l’exemple d’Hercules de Grèce.

— Gardez-vous-en, mon fils Olivier, s’écria l’Empereur. Ce serait péché. Je pensais bien que ce roi Hercules était un Sarrasin.

— Sire, reprit Olivier, sachez que je compte faire dans le même temps, avec une seule pucelle, ce que Hercules de Grèce fit avec cinquante. Et cette pucelle sera la princesse Hélène, fille du roi Hugon.