Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/284

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Et Bonaparte, les yeux levés, dans la nuit, sur la flamme qui flottait à la flèche du grand mât, dit tout aussitôt :

— Le vent souffle du nord.

Il avait changé de propos avec cette brusquerie qui lui était ordinaire et qui faisait dire à M. Denon : « Le général pousse le tiroir. »

L’amiral Gantheaume dit qu’il ne fallait pas s’attendre à ce que le vent changeât avant les premiers jours de l’automne.

La pointe de la flamme était tournée vers l’Égypte. Bonaparte regardait de ce côté. Le regard de ses yeux s’enfonçait dans l’espace, et ces paroles sortirent martelées de sa bouche :

— Qu’ils tiennent bon, là-bas ! L’évacuation de l’Égypte serait un désastre militaire et commercial. Alexandrie est la capitale des dominateurs de l’Europe. De là je ruinerai le commerce de l’Angleterre et je donnerai aux Indes de nouvelles destinées… Alexandrie, pour moi comme pour Alexandre, c’est la place d’armes, le port, le magasin d’où je m’élance pour conquérir le monde et où je fais affluer les richesses de l’Afrique et de