Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/48

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


son manteau. C’était l’image miraculeuse que saint Louis avait reçue en présent du soudan d’Égypte et portée lui-même dans l’église d’Anis. Tous les pèlerins s’en étaient allés.

L’église était déserte et sombre. Les dernières offrandes des fidèles s’étalaient aux pieds de la belle Dame Noire sur une table éclairée par des cierges. On y voyait un chef, des cœurs, des mains, des pieds, des mamelles d’argent, une nacelle d’or, des œufs, des pains, des fromages d’Aurillac, et, dans une sébile pleine de deniers, de sous et de mailles, une petite bourse bleue brodée d’argent. Contre cette table, dans une vaste chaise, le prêtre, gardien des offrandes, sommeillait.

Florent Guillaume se mit à genoux devant la sainte image, et fit dévotement cette prière mentale :

— Madame, s’il est vrai que le saint prophète Jérémie, vous ayant vue par les yeux de l’esprit avant votre conception, tailla de ses mains dans le cèdre, à votre ressemblance, la sainte image devant laquelle je suis présentement agenouillé ; s’il est vrai que plus tard le