Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/89

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Lucrèce Romaine. Et il en donnait pour raison qu’il ne l’avait pu détourner de ses devoirs. Les hommes de bien se tenaient à ce sujet dans un doute prudent, par cette considération que ce qui est caché n’apparaîtra qu’au Jugement dernier. Ils considéraient que cette dame aimait trop les joyaux et les dentelles et qu’elle portait aux assemblées et dans les églises des robes de velours, de soie et d’or, garnies de menu vair ; mais ils étaient trop honnêtes gens pour décider si, faisant damner les chrétiens qui la voyaient si belle et si bien nippée, elle ne se damnait point avec quelqu’un d’entre eux. Enfin ils eussent joué la vertu de madame Violante à croix ou pile, ce qui est fort à l’honneur de cette dame. À la vérité, son confesseur, frère Jean Turelure, la réprimandait sans cesse.

— Croyez-vous, madame, lui disait-il, que la bienheureuse Catherine soit arrivée au ciel en menant la vie que vous menez, en montrant sa gorge et en faisant venir de la ville de Gênes des manchettes de dentelles ?

Mais c’était un grand prêcheur, très sévère