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LES DIEUX ONT SOIF

d’un billet de cent sols. Beaucoup d’enfants dénoncent leurs parents, dont ils convoitent l’héritage.

— Cette lettre, reprit Guénot, émane d’une ci-devant Rochemaure, femme galante, chez qui l’on jouait le biribi, et porte en suscription le nom d’un citoyen Rauline ; mais elle est réellement adressée à un émigré au service de Pitt. Je l’ai prise sur moi pour vous en communiquer ce qui concerne l’individu des Ilettes.

Il tira la lettre de sa poche.

— Elle débute par de longues indications sur les membres de la Convention qu’on pourrait, au dire de cette femme, gagner par l’offre d’une somme d’argent ou la promesse d’une haute fonction dans un gouvernement nouveau, plus stable que celui-ci. Ensuite se lit ce passage :


Je sors de chez M. Des Ilettes, qui habite, près du Pont-Neuf, un grenier où il faut être chat ou diable pour le trouver ; il est réduit pour vivre à fabriquer des polichinelles. Il a du jugement : c’est pourquoi je vous transmets, monsieur, l’essentiel de sa conversation. Il ne croit pas que l’état de choses actuel durera longtemps. Il n’en prévoit pas la fin dans la victoire de la coalition ; et l’événement semble lui donner raison ; car vous savez, monsieur, que depuis quelque temps les