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LES POÈMES DORÉS


Ses yeux, vides de crainte et vides d’espérance,
Entre eux et chaque chose ignorent tout lien ;
Ils sont empreints, ces yeux qui ne regardent rien,
De la douceur que donne aux brutes la souffrance.

Ses membres presque humains sont brûlants et frileux ;
Ses lèvres en s’ouvrant découvrent les gencives ;
Et, comme il va mourir, ses paumes convulsives
Ont caché pour jamais ses pouces musculeux.

Mais voici qu’il a vu le soleil disparaître
Derrière les huniers assemblés dans le port ;
Il l’a vu : son front bas se ride sous l’effort
Qu’il tente brusquement pour rassembler son être.

Songe-t-il que, parmi ses frères forestiers,
Alors qu’un chaud soleil descendait des cieux calmes,
Repu du lait des noix et couché sur les palmes,
Il s’endormait heureux dans ses frais cocotiers,

Avant qu’un grand navire, allant vers des mers froides,
L’emportât au milieu des clameurs des marins,
Pour qu’un jour, dans le vent, qui lui mordît les reins,
La toile, au long des mâts, glaçât ses membres roides ?