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LE VÉNUSBERG


La crosse du Saint-Père en ses mains étonnées
Trembla : « Quand cette crosse aura feuilles et fleurs,
Les fautes que tu fis te seront pardonnées. »

Alors le chevalier s’en alla tout en pleurs :
« Puisque je ne puis plus, ô madame la Vierge,
Espérer, dans le ciel, de porter vos couleurs,

« Ni de brûler pour vous, luisant comme un beau cierge,
Je retourne à jamais dans le burg enchanté,
Afin que la Vénus, tendre dame, m’héberge. »

— « J’ai joie à vous revoir ; grand’joie en vérité ;
Chevalier, seyez-vous et buvez, je vous prie.
Je vous ai, Tannhæser, bien longtemps regretté. »

Or, le troisième jour, la crosse étant fleurie,
Le Saint-Père envoya des courriers promptement,
Pour chercher Tannhæser, par mont, val et prairie,

Tannhæser, chez Vénus, buvait le vin charmant ;
Il y doit composer de longs épithalames,
Jusqu’à l’appel de l’Ange, au jour du Jugement.