Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/133

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doute moins grave qu’il ne se le figurait, car, au mois de mars 1541, il était de retour à Turin, en grâce auprès du vice-roi et recevant de nouvelles missives de l’ambassadeur du roi de France à Venise.

Après trois ans d’un labeur acharné, Langey assura la défense du Piémont ; mais, travaillé de la goutte, épuisé de fatigue, impotent et ne pouvant plus, comme il disait, servir son roi que du cerveau et de la langue, il demanda son congé et se fit ramener en litière dans son pays. Ce vaillant et habile homme mourut à Saint-Symphorien, au pied du mont Tarare entre Lyon et Roanne, le 9 janvier 1543. François Rabelais, qui assista à sa fin, nous rapporte que les dernières pensées de ce grand capitaine embrassèrent l’avenir du royaume. « Les trois ou quatre heures avant son décès il employa en paroles vigoureuses, en sens tranquille et serein, nous prédisant ce que depuis en partie nous avons vu, en partie nous attendons advenir, bien que pour lors ces prophéties nous semblassent étranges, nullement croyables et qu’il ne nous apparaissait aucun pronostic de ce qu’il prédisait. »

Les papiers de Langey ne furent point retrouvés après sa mort. On soupçonna un serviteur allemand de les avoir dérobés, bien que cet homme parût peu capable d’en connaître le prix. Rabelais, interrogé sur cette disparition, répondit qu’il n’avait jamais songé à rechercher ces papiers, les