Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/150

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


parlent avec eux et déjà commencent à leur communiquer l’art de divination. »

Pantagruel exprime ici sa croyance avec gravité, et il semble que Rabelais lui-même ne soit pas éloigné de la partager, car il allègue d’un ton dont on ne peut nier le sérieux et l’émotion l’exemple de Guillaume du Bellay, seigneur de Langey, qu’il vit mourir à Saint-Symphorien, ainsi que nous l’avons raconté. Guillaume du Bellay, dit Rabelais, employa les trois ou quatre heures avant son décès en paroles vigoureuses, en sens tranquille et serein, nous prédisant ce qui, pour une part, s’est accompli depuis lors.

Pantagruel, Épistémon, Panurge et Frère Jean des Entommeures, que nous avions un peu oublié, se rendirent donc au logis du vieux poète français Raminagrobis, et trouvèrent le bon vieillard en agonie, avec maintien joyeux, face ouverte et regard lumineux.

Panurge le requit d’exposer son jugement sur le doute du mariage. Raminagrobis se fit apporter de l’encre et du papier et écrivit un petit poème, qui commence ainsi :

Prenez-la, ne la prenez pas.
Si vous la prenez, c’est bien fait.
Si ne la prenez en effet,
Ce sera œuvré par compas.


« Par compas », c’est-à-dire sur mesure et très exactement. Comme ces vers se retrouvent