Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/245

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


j’ai essayé de vous présenter les éléments solides. Il n’est pas sans intérêt, après vous avoir montré le Rabelais véritable, de vous présenter quelques traits du Rabelais légendaire. C’est pourquoi, choisissant deux ou trois méchantes fables qu’on trouve dans toutes les vieilles biographies de notre auteur, je vous les conterai le plus rapidement possible, en commençant par l’une des plus fabuleuses qui se rapporte au dernier séjour de Maître François à Montpellier.

Tandis que Rabelais professait la médecine, dit la légende, le chancelier du Prat fit rendre un arrêt qui abolissait les privilèges de la Faculté de Montpellier. Les maîtres eurent alors recours à ce collègue dont ils estimaient l’esprit. Ils le députèrent à la cour pour obtenir la cassation de l’arrêt qui les frappait. Arrivé à Paris, Rabelais se présenta à l’hôtel du chancelier, et, n’ayant point été reçu, il se promena devant la porte en robe verte, une longue barbe grise pendue au menton. Chacun s’arrêtant pour le regarder, il répondait à ceux qui l’interrogeaient qu’il était l’écorcheur de veaux et que ceux qui voulaient être les premiers écorchés se hâtassent. Le chancelier était à table lorsqu’on lui rapporta les propos de cet homme extravagant. Il ordonna qu’on le fît entrer. Et Rabelais le harangua avec tant de savoir et d’éloquence, que le chancelier lui promit de rétablir et de confirmer à sa considération les privilèges de l’Université de Montpellier.