Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/35

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teau de la cheminée. François Rabelais se forma un savoir qui étonnait ses plus doctes contemporains ; Il devint philosophe, théologien, mathématicien, jurisconsulte, musicien, arithméticien géomètre, astronome, peintre et poète. En cela il égalait Érasme et Budé. Mais en quoi il est unique ou du moins étrangement rare dans son siècle, c’est que sa science n’était pas seulement de livres ; elle était de nature ; non littérale, mais d’esprit ; non seulement de mots, mais de choses, et vivante.

Aussi n’est-il pas surprenant qu’il ait pensé à étudier la médecine comme la science qui pénétrât le plus avant dans le secret de la vie, du moins pouvait-on l’espérer en ce temps de grandes espérances. La Faculté de médecine de Montpellier était fort ancienne. L’enseignement y avait été apporté par les Arabes et les Juifs. Elle était illustre par ses professeurs, ses privilèges et ses doctrines. François Rabelais se rendit à Montpellier ; mais il ne s’y rendit pas tout droit, ni par le plus court. Telle n’était pas sa méthode. Il aimait les beaux voyages et, comme on dit d’Ulysse, les longues erreurs. Ainsi que Jean de La Fontaine qui devait l’imiter en cela comme dans l’art de conter, volontiers il s’amusait à prendre le plus long. Chemin faisant, selon toute probabilité, il visita les villes et universités de France, Paris, Poitiers, Toulouse, Bourges, Orléans, Angers. Enfin, le 17 septembre de