Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/52

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de son bonnet. Il ne fut possible de tirer de lui une seule parole. À cette scène du vieux roman correspond une scène historique qui eut lieu en France, sous Louis XIV. Les deux scènes gagneront à être rapprochées. Je vous rappellerai donc que le jeune duc de Berry, qui avait été princièrement éduqué par quelque Thubal Holopherne et quelque Jobelin Bridé du xviie siècle, tint un jour devant le Parlement une contenance qui rappelle celle du jeune Gargantua salué par Eudémon. Voici comment Saint-Simon raconte cette séance, où le prince renonça à la couronne d’Espagne :

« Le premier président fit son compliment à monsieur le duc de Berry. Lorsqu’il eut achevé, ce fut à ce prince à répondre. Il ôta à demi son chapeau, le remit tout de suite, regarda le premier président et dit : Monsieur… Après un moment de pause, il répéta : Monsieur… Il regarda la compagnie, et puis dit encore : Monsieur… Il se tourna à monsieur le duc d’Orléans, plus rouges tous deux que le feu, puis au premier président, et finalement demeura court, sans qu’autre chose que « monsieur » lui pût sortir de la bouche… Enfin, le premier président, voyant qu’il n’y avait plus de ressource, finit cette cruelle scène, ôtant son bonnet à monsieur le duc de Berry, et s’inclinant fort bas comme si la réponse était finie, et tout de suite dit aux gens du roi de parler.

» En rentrant à Versailles, la princesse de Mon-