Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/58

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surpris. Le sage ne doit s’étonner de rien. Gargantua change de taille à tout moment. Rabelais n’est pas embarrassé de lui donner une stature convenable en toute rencontre : géant quand il est le héros populaire des vieux contes, prince de proportions honnêtes et de bonne mine quand il est mêlé à la vie et introduit par le plus profond des comiques dans la comédie humaine.

Après l’équitation, le fils de Grandgousier se livrait ensuite à tous les exercices propres à former un homme de guerre. Il chassait, nageait, criait comme tous les diables pour s’exercer le thorax et les poumons, maniait les haltères, herborisait.

Le souper qu’on attendait en récapitulant les études de la journée était copieux et s’accompagnait de propos savants et utiles. Après les grâces, on faisait de la musique ; on jouait aux gobelets et, à l’occasion, on allait faire visite à quelque savant ou à quelque voyageur.

On observait dans le ciel des nuits la position des astres. On récapitulait brièvement tout ce qu’on avait lu, vu, su, fait et entendu au cours de la journée et, après avoir prié Dieu et s’être recommandé à sa clémence, on se mettait au lit.

Quand l’air était pluvieux, on s’exerçait à couvert ; on s’amusait à botteler du foin, à fendre et à scier du bois, à battre le blé dans la grange, et, au lieu d’herboriser, on visitait les gens de métiers, droguistes, apothicaires, et même les bateleurs et vendeurs de thériaque, car Rabelais