Page:Anatole Leroy-Beaulieu - Empire des Tsars, tome 3, Hachette, 1889.djvu/159

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


portance qu’elles les autorisent à accuser les Latins d’avoir altéré le plus saint des sacrements. C’est ainsi qu’ils leur reprochent de ne plus invoquer le Saint-Esprit au moment de la consécration, et d’employer, pour la communion, du pain azyme au lieu de pain fermenté. Cette question des pains azymes est l’une de celles qui ont le plus passionné l’Orient ; elle a jadis valu aux Latins le reproche bizarre de judaïsme.

Le mode d’administration du sacrement nous offre une divergence d’un autre ordre, qui touche plus directement le peuple. Chez les orthodoxes, comme chez les protestants, la communion du fidèle est semblable à celle du clergé ; selon le rite de l’Église primitive, le peuple, comme le prêtre, a part à la fois au pain et au vin, au corps et au sang du Sauveur. Ce droit des laïques à la communion sous les deux espèces a toujours eu beaucoup de prix pour les adversaires de l’Église romaine. Pour l’obtenir, les Slaves de Bohême soutinrent, après Jean Huss, une guerre terrible. Les réformateurs du seizième siècle furent unanimes à le revendiquer. C’est qu’à leurs yeux cette double participation aux saints mystères constituait une sorte de privilège du clergé et relevait d’autant plus au-dessus des laïques que, dans les idées anciennes, le sang représentait la vie. Pour les Orientaux, la communion réduite à l’élément du pain est une communion tronquée, en même temps qu’un signe de l’abaissement du peuple chrétien devant ses prêtres. Comme pour encourager les Russes à conserver dans son intégrité le rite eucharistique primitif, le plus vénérable de leurs monuments religieux, Sainte-Sophie de Kief, montre, dans ses grandes mosaïques du onzième siècle, le Christ présentant à ses disciples le calice en même temps que le pain[1].

  1. On doit remarquer cependant que, pour les laïques, le mode de communion n*est pas absolument le même que pour le clergé. Les laïques ne sont pas admis à boire dans le calice. Cet honneur est réservé au prêtre et au diacre ; l’empereur seul y a droit, le jour de son sacre. Aux simples fidèles