Page:Andreïev - Les Sept Pendus (Trad. Serge Persky), 1911.djvu/119

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Aux yeux de Vassili Kachirine, condamné à mort par pendaison, tout prit un aspect puéril : la cellule, la porte avec son guichet, la sonnerie de l’horloge qu’on remontait, la forteresse aux plafonds soigneusement modelés, et surtout la poupée mécanique munie d’un fusil, qui allait et venait dans le corridor, ainsi que toutes les poupées qui l’effrayaient en regardant par le guichet et en lui tendant sa nourriture sans mot dire.

Un homme avait disparu du monde.

Devant le tribunal, le voisinage des camarades avait fait revenir Kachirine à lui. De nouveau, pendant un instant, il vit les gens ; ils étaient là, le jugeaient, parlaient le langage des hommes, écoutaient et semblaient comprendre. Mais quand il aperçut sa mère, il sentit nettement, avec la terreur d’un homme qui devient fou et qui le comprend, que cette vieille femme en fichu noir était une simple poupée mécanique. Il s’étonna de ne pas s’en être douté auparavant et d’avoir attendu cette visite comme quelque chose d’infiniment douloureux dans sa dou-