Page:Andreïev - Les Sept Pendus (Trad. Serge Persky), 1911.djvu/77

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parents lointains, habitant la Petite-Russie, lesquels, probablement, ne savaient rien du procès, ni du verdict. Moussia et Werner n’ayant pas révélé leur identité ne tenaient pas à voir les leurs. Seuls, Serge Golovine et Wassili Kachirine devaient recevoir leur famille. Tous deux envisageaient, avec effroi, cette entrevue prochaine, mais ni l’un ni l’autre n’avait la force de s’y dérober.

Serge Golovine attendait cette visite, la mort dans l’âme. Il aimait beaucoup son père et sa mère qu’il avait vus tout récemment, et il était plein de terreur à la pensée de les revoir une dernière fois. Le supplice lui-même, dans toute sa monstruosité, se dessinait plus facilement dans son imagination que ces quelques minutes incompréhensibles, hors du temps, hors de la vie. Que faire ? que dire ? Les gestes les plus simples, les plus coutumiers : serrer une main, embrasser, dire : « Bonjour, père » lui paraissaient affreux et insensés.

Toute la matinée, jusqu’à l’heure où il reçut ses parents, Serge Golovine se pro-