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LA PAGE DES VIOLONS


Juin, à Crémone.



Monteverde regrettait le doux air de Crémone, dans son exil de Mantoue, ce bouge somptueux, cette capitale de remords et de rares opprobres. Au milieu de la nuit, avec la lune lente, se lève une brise presque fraîche. On ne m’a pas trompé : à Crémone, c’est le meilleur air de Lombardie : il est égal, il porte bien le son ; il est pur : j’en crois la foule des martinets sur la tour. Il le fallait bien pour que les divins instruments donnent toute leur voix sous l’archet.

Ah, peuple ingrat de Crémone ! ils ne savent pas ce que c’est qu’un violon. Sans quoi, eux qui sont ici plus de trente mille, ils n’auraient point de repos, se mettant eux-mêmes à la dîme, s’imposant un jour de jeûne chaque mois, qu’ils n’eussent réuni la rançon et ramené dans leur ville un Stradivarius et un Guarneri. On irait à Crémone par piété pour les violons.