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bien elle se repentait de ne pas avoir employé à des lectures les heures passées à écrire, alors que son esprit et son jugement n’étaient pas encore formés. « Elle me dit qu’elle savait par expérience combien il était amusant d’écrire et qu’elle jugeait cet amusement fort innocent quoique bien des gens fussent certainement d’un autre avis… Elle ajouta qu’à mon âge il ne serait pas bon de me laisser trop absorber par le plaisir d’écrire. Plus tard, elle me fit dire que, si je voulais l’écouter, je cesserais d’écrire jusqu’à ma seizième année et que bien souvent elle regrettait de ne pas avoir lu beaucoup plus, et moins écrit lorsqu’elle avait mon âge ». [1] Mais comment aurait-elle pu se plonger dans des lectures sérieuses, alors qu’un vent d’innocente frivolité soufflait sur les jeunes habitants du presbytère et que tous avaient l’ambition d’être auteur ou acteur ?

Parmi les divertissements des enfants Austen pendant les vacances d’été et de Noël, nul n’avait plus d’attraits que celui de jouer la comédie. Il s’agissait moins de procurer le plaisir d’un spectacle à un auditoire bienveillant que de passer des journées agréables à répéter telle ou telle comédie. Une nièce du révérend Austen, Philadelphie Walter, écrit en septembre 1797 que « la grange de son oncle est transformée en théâtre », et que « tous ses enfants auront un rôle dans l’une ou l’autre des deux pièces qu’ils sont en train d’étudier ». Lorsque les acteurs possédaient leurs rôles, le révérend Austen et sa femme, entourés de quelques parents ou amis en visite à Steventon, étaient admis à applaudir leurs efforts. Pour donner à ces représentations l’allure d’un événement d’importance, James Austen, l’aîné de la famille et le chef de la troupe d’amateurs, écrivait un prologue et un épilogue de circonstance. Ces morceaux étaient pleins de verve, et les acteurs chargés de les réciter ne manquaient pas d’en faire valoir les meilleurs passages. En 1784, on joua « Les

  1. Memoir of Jane Austen. Page 45.