Page:Annales de la société Jean-Jacques Rousseau, tome 1.djvu/109

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dans la cause qu’elle soutient, qu’elle n’en aurait eu à écrire sur toute autre matière. Mais il me semble que c’est son esprit, beaucoup plus qu’une affection profonde, qui a dirigé sa plume.

Ce jugement très fin est juste, mais incomplet. C’est sans grand enthousiasme pour Thérèse, on le conçoit, que Mme de Charrière s’est amusée à défendre la pauvre femme ; mais peut-être l’espoir d’être désagréable à Mme de Staël a-t-il beaucoup contribué à aiguiser sa verve.

La correspondance, toujours active entre Colombier et Turin, touche aussi à Rousseau. Pour donner plus d’intérêt à son édition des Confessions, DuPeyrou souhaitait d’y faire paraître les portraits des principaux personnages mis en scène. Et comme le début des Confessions nous transporte à Turin, Mme de Charrière pria l’ambassadeur de Prusse de l’aider à rassembler les portraits pour cette partie de l’ouvrage : il s’agissait du Comte de Gouvon, de son fils l’abbé, de Mlle de Breil, que Rousseau dépeint si séduisante, etc… D’Oleyres confie à son cousin Samuel ses perplexités : on donnerait à la rigueur ces portraits pour les placer dans un livre d’histoire, mais non dans un roman (c’est ainsi qu’on envisageait donc les mémoires de Rousseau !) — et à Mme de Charrière il répond (21 décembre 1780) :

On attend ici avec empressement la nouvelle édition que M. DuPeyrou annonce. Je voudrais fort pouvoir contribuer à sa perfection, par l’estampe du comte ou de l’abbé de Gouvon, que j’aurais pu vous envoyer, si les descendants de cette maison avaient agréé que ces estampes parussent dans les Confessions d’un de leurs anciens domestiques. Il y a ici un portrait de Mlle de Breil, petite-fille du comte, et depuis lors comtesse de Verrue, qui répond à l’idée séduisante que Rousseau en donne ; il figurerait à merveille dans son premier volume ; mais comment obtenir une gravure de ce portrait d’une dame de la plus haute considération à cette cour, dont les