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TEXTES SANSCRITS DÉCOUVERTS AU JAPON

que des Sûtras buddhiques, je ressentis la joie la plus vive. C’était ce que j’avais si longtemps cherché, un texte sanscrit apporté de l’Inde en Chine et do Chine au Japon, écrit dans l’alphabet particulier du Népal, avec une traduction chinoise et une translittération en japonais. Il va sans dire que c’est une copie et non un manuscrit original ; mais les copies présupposent des originaux, et celle-ci, telle qu’elle est, nous est un premier acompte qui nous dit de ne pas désespérer ; car si on a découvert un de ces trésors littéraires apportés de l’Inde en Chine, puis au Japon, que nous cherchons depuis si longtemps, il est certain que d’autres encore seront rendus à la lumière.

Nous ne possédons jusqu’à présent aucune donnée très authentique sur l’histoire ancienne du Japon et l’introduction du buddhisme dans cette île. M. Léon de Rosny^^1 et le marquis d’Hervey de Saint-Denys^^2, nous ont fourni quelques renseignements sur ce sujet, et j’espère que M. Bunyia Nanjio nous présentera bientôt un récit digne de foi de l’histoire ancienne de son pays, puisé dans les auteurs indigènes. Ce qu’on nous raconte de la conversion du Japon au buddhisme a un aspect quelque peu légendaire, et je choisirai seulement un petit nombre des faits les plus importants qui m’ont été communiqués par mon élève. Le buddhisme est venu au Japon, non pas directement de la Chine, mais de la Corée qui avait été convertie au buddhisme dans le quatrième siècle avant Jésus-Christ. En l’année 200, la Corée avait été conquise par Zingu, impératrice du Japon et les relations ainsi établies entre ces deux pays amenèrent l’importation des doctrines buddhiques de la Corée au Japon. En l’année 552 avant Jésus-Christ, un roi de Corée envoya à la cour du Japon une statue du Buddha en bronze et beaucoup de livres sacrés et, après diverses vicissitudes, le buddhisme devint la religion établie de cette île, vers l’an 600 avant Jésus-Christ. Des Japonais furent envoyés en Chine pour y étudier le buddhisme et ils en rapportèrent un grand nombre de livres buddhiques, traduits du sanscrit pour la plupart. L’histoire nous apprend qu’en l’an 640, on lisait au Japon une traduction du Sukhavatîvyûha-mahâyâna-sûtra. C’est le titre du texte sanscrit que je viens de recevoir. Il a été traduit par Kô-Sô-Gaï, natif du Tibet,

1 Le Bouddhisme dans l’extrême Orient, Revue scientifique, décembre 1879.

2 Journal Asiatique, 1871, p. 336 et suiv.