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brun de la montaigne

« Tel don de quoy cil ci anichillés sera ;
1325« Car, presant de la dame, elle li otroia
« Qu’en tous fais perilleus elle li aidera,
(f° 30)« Et avecques tout ce elle le nourrira
« Tant qu’i sera en point que desirer pourra
« Amie, et cilz point ci moult nous reconforta.
1330« Dont nule des grietés l’enfant ne grevera,
« Si tost qu’avec lui ert il ne l’en sovenra. »
Ce respondi Butor : « La besoigne bien va,
« Diex en soit aourés qui le monde crea !
« Or me di, chiers amis, errant se plus i a ?
1335— Ouïl, sire, par Dieu, .j. annel li donna
« Qui est tous de fin or, ne sai qui le forja ;
« Mais si tost que l’annel dedens son doi bouta,
« Au departir de lui, .iiij. foys le baissa ;
« Et après tous ces fais a Dieu le commanda.
1340« Mais la maistresse dist, qui moult le despita,
« C’uns viex vilains boçus s’amie espoussera
« Et que sans achoison de lui congiet ara ;
« Ainsi de ses amours trés malement gorra. »

LXXV

Et quant Bruiant ot dit a Butor sa pensée,
1345Devant tous ses barons en la sale pavée,
Et qu’il li ot conté toute la destinée
Qu’en la forest li fu en celle nuit donnée,
A Butor et a tous parfaitement agrée.
Et tant fu ou palais la chose murmurée
1350Que juques a la dame est la nouvelle alée
Qui en sa chambre estoit estroitement fremée,
Mais des dames estoit hautement honnorée.
Mais si tost qu’a lui fu la nouvelle contée
(v°)Devant les dames est de grant joie paumée,
1355Si qu’a grant paine fu en son lit relevée,
Mais elle ne le pot croire en cuer n’en pensée,
Pour ce que de Butor ne li fu pas contée.