Page:Anonyme - Huon de Bordeaux, chanson de geste.djvu/91

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un petit nain, et c’est ce que je suis, à ma grande douleur : je n’ai pas crû depuis l’âge de trois ans. Elle ne voulut jamais revenir sur sa parole, mais, pour en adoucir l’effet, elle m’accorda d’être le plus beau après Dieu, et, vous le voyez, je suis aussi beau que le soleil en été. Une seconde fée me fit un don plus précieux encore : elle me permit de connaître le cœur des hommes et leurs secrètes pensées. Je dois à une troisième fée un don qui l’emporte sur tous les autres : il n’y a marche, pays ni royaume jusqu’à l’arbre sec et si loin qu’on puisse aller où je n’aie le pouvoir de me transporter à ma volonté, rien qu’en le souhaitant. Si je veux un palais, je l’ai aussitôt ; j’ai à manger ce que je désire et à boire ce que je demande. Je suis né à Monmur, bien loin d’ici, à plus de quatre cents lieues, et pourtant j’ai plus tôt fait d’y aller et d’en revenir qu’un cheval de parcourir un arpent. Frère, sois le bienvenu. Il y a trois jours ou plus que tu jeûnes ; veux-tu manger au milieu de ce pré ou dans une grande salle de pierre ou de bois ? Dis-le-moi. — À votre volonté, seigneur, répond Huon. — Bien répondu, fait Oberon ; mais tu ne sais pas encore tout ce que je dois aux fées : apprends donc qu’il n’est oiseau, sanglier ou bête fauve, même des plus farouches, qui ne viennent à moi volontiers sur un signe de ma main. Enfin, je sais tous les secrets du paradis, j’entends là haut les chants des anges, je ne vieillirai jamais de ma vie, et quand je voudrai terminer mes jours, ma place est marquée auprès de Dieu. » — Pour montrer son pouvoir à Huon, Oberon lui demande encore où il veut manger. — « Peu m’importe, répond Huon, pourvu que je dîne. » Oberon sourit et le fait coucher à plat ventre, lui et ses compagnons. Un archer n’aurait pas eu le temps de lancer