Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 20.djvu/65

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d’une beauté infinies ; il me regardoit avec un air ſingulier. Malgré ma douleur, je ne pus m’empêcher de le flatter ; cet animal ſembla recevoir mes careſſes avec joie, & me lécha par haſard la main que j’avois bleſſée, & qui continuoit à me faire une douleur extrême. Sa langue étoit ſi douce, & me donna tant de ſoulagement, que je le laiſſai faire. Pendant ce tems j’arrêtai mes yeux ſur le viſage de mes hôtes que je n’avois pas encore conſidéré : celui de l’homme étoit bleu, & ſa phyſionomie douce & revenante, & il me parut qu’il étoit dans la force de ſon âge. La femme avoit le teint d’une couleur de roſe pâle, & cela ne lui meſſeyoit point : ſes traits étoient beaux, & extrêmement délicats, & la façon dont elle étoit vêtue, donnoit un air galant à toute ſa perſonne.

Mon hôte qui ne me perdoit pas de vue, me prit par la main ; nous laiſſâmes ſa femme occupée à plumer une eſpèce de poule, dont la tête reſſembloit à celle d’un chat. Avant que de ſortir, il s’approcha de ſa femme, lui mit la main ſur la tête, & profera quelques mots ; elle quitta l’ouvrage qu’elle faiſoit, & avec un ſouris gracieux elle lui arracha un poil de ſes cheveux, & elle fut l’attacher à une cheville où il y en avoit pluſieurs. Je regardois ces choſes avec de grands yeux ; mais je fus bien plus ſurpris de