Page:Anthologie contemporaine, Première série, 1887.djvu/118

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LES OMBRES GARDIENNES

L’Amour est une conjonction spirituelle. — De là vient que tous ceux qui sont dans le monde spirituel s’associent selon leurs amours ; — là même.
EM. DE SWEDENBORG. — De la nouvelle Jérusalem.

Seuls, les parents restèrent au salon et l’expansive cordialité s’éteignit dans un silence méfiant.

— « Si vous le voulez bien, nous allons nous occuper des questions d’intérêt. »

Ces simples mots avaient impérativement chuté l’enjouement des entretiens et, devant la cheminée à massifs landiers, le vieillard qui venait de prononcer cette invitation d’appariteur silenciaire, s’établit pour discourir. De parole stipulative et de gestes judicieux, mouvant l’avant-bras, les doigts repliés, le pouce seul debout, ou les coudes écartés, les mains appaumées ainsi qu’un officiant à la Préface, parfois aussi jouant avec le baril de corail balançant à sa chaîne de montre, il évoluait vers l’un et l’autre proche de ceux qu’il nommait nos futurs et chers conjoints. Tous deux écoutaient, d’une avide attention. Leurs regards, accoutumés, depuis un demi-siècle, à ce sourire avec une affection familière, semblaient, en leur réserve soupçonneuse et défensive, pressentir l’imminence d’un conflit. Lorsqu’ils se heurtaient, s’interrogeant, jamais ils n’avaient si désobligeamment scruté leurs réciproques pupilles et ils s’assignaient, avec une animosité citatoire, devant la compétence du médiateur dont les paupières se délectaient dans des clignotements exercés.