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SOUS LES PINS

À LA MÉMOIRE DE MON PÈRE

Le silence des pins m’attriste et me rend sombre ;
C’est un arbre de deuil, un arbre de tombeau.
Et lorsque je le vois, je pense au front si beau
De mon père endormi dans le séjour de l’ombre.

Exilé de ces champs aux jeunes arbrisseaux,
Hélas ! vous reposez bien loin de ce village !
Et n’ayant même pas une croix de feuillage,
Vous ne pouvez, mon père, entendre les oiseaux !

Cependant sous les bois et dans la grande plaine
Vous aimiez bien souvent à venir vous asseoir ;
Alors le doux zéphir et la brise du soir
Soulevaient vos cheveux comme une chaude haleine.

Votre tombe est bien loin, au milieu d’inconnus,
Dans la fière cité dont la voix tonne et gronde.
Ah ! les rêves d’amour de votre tête blonde,
Vos désirs de soleil !… Que sont-ils devenus !…

Vous qui disiez toujours, en regardant le lierre,
« Oui, je veux reposer à jamais doucement,
» Je veux que mon cercueil, enlacé tendrement,
» Ne sente pas le froid du sépulcre de pierre ! »