Page:Apollinaire - L’Enfer de la Bibliothèque nationale.djvu/31

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— Cette édition est aujourd’hui introuvable. On avait attribué sa disparition à l’incendie de la rue du Pot-de-Fer (qui n’eut lieu qu’en décembre 1835), mais il est beaucoup plus probable que l’auteur des notes aura cédé ou détruit tous les exemplaires avant leur mise en vente.

Cependant Poulet-Malassis, ayant retrouvé un des exemplaires qui avaient échappé à cette destruction, en a fait une réimpression textuelle en 1867. L’année suivante, un second tirage de cette édition fut fait : c’est sans nul doute cette édition qui a été visée par le jugement du tribunal de Lille du 6 mai 1868 (inséré au Moniteur du 19 septembre suivant), ordonnant la destruction, pour outrages à la morale publique et religieuse, ainsi qu’aux bonnes mœurs, de l’Erotika Biblion… (Affaire contre Duquesne).

Le Chevalier de Pierrugues, auteur des Notes, est l’auteur du Glossarium linguæ latinæ (Paris, 1826), ouvrage mis en ordre par Eloi Johanneau, et dû en partie à la collaboration du baron de Schonen, auteur de la dissertation sur l’Alcibiade fanciullo a Scuola de Ferrante Pallavicini.

Il y avait, à Bordeaux, un ingénieur du nom de Pierrugues, cependant il n’est pas certain qu’il soit l’auteur des Notes, et il se pourrait que le nom véritable de celui-ci restât à dévoiler. Ajoutons que les définitions qui ont été adjointes aux notes de Mirabeau sont différentes et moins précises que celles du Glossarium.

Mirabeau écrivit son Erotika Biblion au Donjon de Vincennes, où il l’acheva en 1780. Le 21 octobre, il écrit à Sophie : « … Je comptais t’envoyer aujourd’hui, ma minette bonne, un nouveau manuscrit très singulier, qu’a fait ton infatigable ami, mais la copie que je destine au libraire de M. B… n’est pas finie ; et t’ôter à l’avenir l’original, ce serait l’interrompre pour longtemps[1]. Ce sera pour la prochaine fois. Il t’amusera : ce sont des sujets bien plaisants, traités avec un sérieux non moins grotesque, mais très décent. Croirais-tu que l’on pourrait faire dans la bible et l’antiquité des recherches sur l’onanisme, la tribaderie, etc., enfin sur les matières les plus scabreuses qu’aient traitées les casuistes, et rendre

  1. Et t’ôter à l’avenir l’original, ce serait l’interrompre pour longtemps. Cette phrase est obscure. Elle a toujours été supprimée par les commentateurs qui ont souvent cité cette lettre d’après le recueil de Lettres originales de Mirabeau, publié par Manuel.