Page:Apollinaire - Le Flâneur des deux rives.djvu/118

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nages et j’ai su qu’il avait passé à Bruxelles, à Lourdes, en Afrique. Fou, c’est trop dire, Germain Nouveau a conscience de son état. Ce mystique ne veut pas qu’on l’appelle un Fou et Poverello lyrique, il veut qu’on n’emploie à son endroit que le mot Dément.

« Des amis ont publié quelques-uns de ses poèmes, et comme il a renoncé à son nom, on n’a mis sur ce livre que cette indication mystique comme un nom de religion : P. N. Humilis. Mais son humilité serait choquée de cette publication, s’il la connaissait. »

Léon Dierx ralluma sa pipe d’écume. Il secoua sa belle tête aux longs cheveux blancs.

« Germain Nouveau peut encore peindre, dit-il, je ne peux plus le faire. Ma vue a baissé au point que je suis presque aveugle. Je ne peux plus lire les livres qu’on m’envoie. Autrefois, je me récréais en peignant. Et je ne connais rien de plus heureux que la vie d’un paysagiste… »

Ce prince qui venait des îles a fait place à un autre prince des poètes, Paul Fort, à peine notre aîné.