Page:Apollinaire - Le Flâneur des deux rives.djvu/72

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mants, objets précieux d’une gourmandise qui n’est plus, dont on n’a pas écrit l’histoire et qui n’a même pas son musée.



Je regardai Ernest La Jeunesse, qui était prêt à sortir, chapeau de castor sur la tête, un beau jonc à la main, et qui attendait que je fusse revenu de l’étonnement où m’avait mis sa chambrette.

Ernest La Jeunesse était solidement bâti. Je laisserai à d’autres le soin de le décrire lui, ses bijoux et ses cannes, mais je veux mentionner sa voix dont le timbre était fort élevé. J’acquis vite la conviction que cette façon de s’exprimer, au moyen d’une voix aiguë de soprano, n’était due ni au hasard de la naissance, ni à un accident. Il s’agissait d’une pratique d’hygiène que Ernest La Jeunesse observait avec grand soin. Parler avec une voix de tête purifie l’âme, donne des idées claires, de la volonté même et de la décision.

Je montrai le rébus, et Ernest La Jeunesse parut d’abord stupéfait. Cependant il se remit vite, et me déclara que c’était un