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FRIQUETTES ET FRIQUETS

par quelques nouvelles de si pénétrante réalité, l’ingénu précurseur du naturalisme.

L’ancienne pépinière des Chartreux existait alors et l’infâme Empire, par haine du pays Latin — ainsi le croyions-nous du moins — n’avait pas encore prolongé la rue Bonaparte à travers ses bosquets de lilas et ses sentiers tournants dont la solitude, jadis monastique, se faisait maintenant complice de maint juvénile roman d’amour. De sorte que, m’accoudant à ma fenêtre, le matin je voyais passer, enlacés, les Cosettes et les Marius, les Rodolphes et les Musettes ; et que, le soir, les grilles du jardin fermées, j’avais pour moi seul, ou à peu près, toute la fraîcheur des feuillages et toute la chanson des rossignols.

Dans le coin du Luxembourg que j’aime, quelque chose — malgré les arbres abattus, les plates-bandes saccagées et le grand massacre d’il y a trente ans — quelque chose néanmoins persiste de ce passé évanoui.

En effet, rien ici ne rappelle la monumentale ordonnance dont plus loin, au voisinage du Palais, s’enorgueillit le royal jardin : lac de marbre où le plumage argenté des cygnes