Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/145

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La biographie de Fresnel, la première que j’ai eu à lire comme secrétaire perpétuel, en séance publique de l’Académie, a donné lieu à des incidents que plusieurs historiens de notre révolution de 1830 ont rapportés inexactement. Je me crois donc tenu de rétablir les faits. En arrivant à l’Académie, le 26 juillet 1830, je lus dans le Moniteur les fameuses ordonnances. Je compris à l’instant toutes les conséquences politiques que ces actes allaient amener à leur suite ; je les considérai comme un malheur national, et je résolus à l’instant de ne prendre aucune part à la solennité littéraire pour laquelle nous avions été convoqués. J’annonçai ma résolution dans ces lignes, qui devaient être substituées à l’Éloge préparé :


« Messieurs,

« Si vous avez lu le Moniteur, vos pensées doivent sans doute être empreintes d’une profonde tristesse, et vous ne devez pas être étonnés que moi-même je n’aie pas assez de tranquillité d’esprit pour vouloir prendre part à cette cérémonie. »

Je fis la faute de communiquer cette résolution à plusieurs de mes confrères. Dès ce moment, des difficultés s’élevèrent de toutes parts. « Si vous exécutez votre projet, me disait-on, l’Institut sera supprimé ; or, avez-vous bien le droit, vous, le plus jeune membre de l’Académie, de provoquer une pareille catastrophe ? » Et, à l’appui de cette remarque, on me montrait du doigt des savants