Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/222

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occasion le ministre s’adressant au volontaire royal de la Drôme, posa la question suivante, en l’avertissant sans détour, que de la réponse qu’il ferait dépendait sa nomination : « Monsieur, êtes-vous véritablement des nôtres ? — Si j’ai bien compris, Monseigneur, je répondrai qu’il n’existe personne qui soit plus dévoué que moi a l’auguste famille de nos rois et aux sages institutions dont la France lui est redevable. — Tout cela, Monsieur, est trop vague ; nous nous entendrons mieux avec des noms propres. À côté de quels membres de la Chambre siégeriez-vous, si vous deveniez député ? — Monseigneur, répondit Fresnel sans hésiter, à la place de Camille Jordan, si j’en étais digne. — Grand merci de votre franchise, répliqua le ministre. » Et le lendemain un inconnu fut nommé examinateur de la marine. Fresnel reçut cet échec sans proférer une plainte. Dans son esprit, la question personnelle s’était entièrement effacée à côté de la peine qu’il éprouvait, en voyant, après trente années de débats et de troubles, les passions politiques encore si peu amorties. Lorsqu’un ministre dont les qualités privées auraient droit aux hommages des gens de bien de tous les partis, se croyait obligé de demander à un examinateur en matière de science, non des preuves d’incorruptibilité, de zèle et de savoir, mais l’assurance que s’il lui arrivait par hasard de devenir un jour député, il n’aurait pas l’intention d’aller s’asseoir à côté de Camille Jordan, un bon citoyen pouvait craindre que notre avenir ne fût pas exempt d’orages.

Le corps enseignant de l’École polytechnique, sous tous les régimes, a peu souffert de ces influences politiques. Là