Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/348

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de calomnies auquel elle a servi de base, dès que je rappellerai qu’après le 9 thermidor la capitale, et surtout les départements, furent en proie à une réaction aveugle et désordonnée, comme le sont toujours les réactions politiques ; que le crime (pour avoir changé de bannière, il n’en était pas moins hideux) usurpa la place de la justice ; que d’excellents citoyens, des patriotes purs, modérés, consciencieux, étaient journellement traqués par des bandes d’assassins à gages devant lesquelles les populations restaient muettes d’effroi. Telles sont, Messieurs, les redoutables influences qui privèrent un moment Fourier du suffrage de ses compatriotes et le travestirent en partisan de Robespierre, lui que Saint-Just, faisant allusion à son éloquence douce et persuasive, appelait un patriote en musique ; lui que les décemvirs plongèrent tant de fois dans les cachots ; lui qui, au plus fort de la Terreur, prêta devant le tribunal révolutionnaire le secours de son admirable talent à la mère du maréchal Davoust, coupable du crime, à cette époque irrémissible, d’avoir envoyé quelques sommes d’argent à des émigrés ; lui qui, à Tonnerre, eut l’incroyable audace d’enfermer sous clef, à l’auberge, un agent du comité de salut public dont il avait surpris le secret, et se donna ainsi le temps d’avertir un honorable citoyen qu’on allait arrêter ; lui enfin qui s’attaquant corps à corps au proconsul sanguinaire devant lequel tout tremblait dans l’Yonne, le fit passer pour fou, et obtint sa révocation ! Voilà, Messieurs, quelques-uns des actes de patriotisme, de dévouement, d’humanité qui signalèrent la première jeunesse de Fourier. Ils furent, vous l’avez vu, payés d’ingratitude ; mais