Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/369

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s’excuser d’avoir rendu un compte détaillé de certaines recherches de Leibnitz qui n’avaient point exigé de grands efforts d’intelligence : « On doit être, disait-il, fort obligé à un homme tel que lui, quand il veut bien, pour l’utilité publique, faire quelque chose qui ne soit pas de génie ! » Je n’ai pas à concevoir de pareils scrupules : aujourd’hui les sciences sont envisagées de trop haut pour qu’on puisse hésiter à placer au premier rang des travaux dont elles s’honorent, ceux qui répandent l’aisance, la santé, le bonheur au sein des populations ouvrières.

En présence d’une partie de l’Académie des inscriptions ; dans une enceinte où le nom d’hiéroglyphe a si souvent retenti je ne puis pas me dispenser de dire le service que Fourier rendit aux sciences en leur conservant Champollion. Le jeune professeur d’histoire à la faculté des lettres de Grenoble vient d’atteindre vingt ans. Le sort l’appelle à prendre le mousquet. Fourier l’exempte en s’appuyant sur le titre d’élève de l’École des langues orientales, que Champollion avait eu à Paris. Le ministère de la guerre apprend que l’élève donna jadis sa démission ; il crie à la fraude et lance un ordre de départ foudroyant, qui semble même interdire l’idée d’une réclamation. Fourier cependant ne se décourage point ; ses démarches sont habiles et pressantes ; il fait enfin une peinture si animée du talent précoce de son jeune ami, qu’elle arrache au pouvoir un décret d’exemption spécial. Il n’était pas facile, Messieurs, d’obtenir de pareils succès. À la même époque, un conscrit, membre de notre Académie, ne parvenait à faire révoquer son ordre de départ qu’en déclarant qu’il suivrait à pied, et