Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/397

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portait la nouvelle de la marche rapide de Napoléon ; celle de la défection de deux compagnies de sapeurs, d’un bataillon d’infanterie, du régiment commandé par Labédoyère. De plus il avait été témoin, sur toute la route, de la vive sympathie des habitants des campagnes pour le proscrit de l’île d’Elbe.

Le comte d’Artois reçut fort mal le préfet et ses communications. Il déclara que l’arrivée de Napoléon à Grenoble n’était pas possible ; que l’on devait être rassuré sur les dispositions des campagnards. « Quant au fait, dit-il à Fourier, qui se serait passé en votre présence, aux portes mêmes de la ville ; quant à des cocardes tricolores substituées à la cocarde d’Henri IV ; quant à des aigles qui auraient remplacé le drapeau blanc, je ne suspecte pas votre bonne foi, mais l’inquiétude vous aura fasciné les yeux. Monsieur le préfet, retournez donc sans retard à Grenoble ; vous me répondez de la ville sur votre tête. »

Vous le voyez, Messieurs, après avoir si longtemps proclamé la nécessité de dire la vérité aux princes, les moralistes feront sagement d’inviter les princes à vouloir bien l’entendre.

Fourier obéit à l’ordre qu’on venait de lui donner. Les roues de sa voiture avaient à peine fait quelques tours dans la direction de Grenoble, qu’il fut arrêté par des hussards et conduit à Bourgoin, au quartier général, L’Empereur, étendu alors sur une grande carte, un compas à la main, lui dit en le voyant entrer : « Eh bien ! monsieur le préfet ! vous aussi, vous me déclariez la guerre ? – Sire, mes serments m’en faisaient un devoir !