Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/399

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gravité des événements dans lesquels le hasard l’appelait à jouer un rôle.

« Que pensez-vous de mon entreprise ? lui dit l’Empereur le jour de son départ de Lyon. — Sire, répondit Fourier, je crois que vous échouerez. Qu’il se rencontre sur votre route un fanatique, et tout est fini. — Bah ! s’écria Napoléon ; les Bourbons n’ont personne pour eux, pas même un fanatique. À propos, vous avez lu dans les journaux qu’ils m’ont mis hors de la loi. Je serai plus indulgent, moi : je me contenterai de les mettre hors des Tuileries ! »

Fourier conserva la préfecture du Rhône jusqu’au 1er mai seulement. On a dit, on a imprimé qu’il fut révoqué pour n’avoir pas voulu se rendre complice des actes de terrorisme que lui prescrivait le ministère des Cent-Jours ! L’Académie me verra, en toute circonstance, recueillir, enregistrer avec bonheur des actions qui, en honorant ses membres, ajouteront un nouvel éclat à l’illustration du corps entier. Je sens même qu’à cet égard je pourrai être enclin à quelque peu de crédulité. Cette fois, le plus rigoureux examen m’était commandé. Si Fourier s’honorait en refusant d’obéir à certains ordres, que faudrait-il penser du ministre de l’intérieur de qui ces ordres émanaient ? Or, ce ministre, je n’ai pas dû l’oublier, était aussi un académicien, illustre par ses services militaires, distingué par ses ouvrages de mathématiques, estimé et chéri de tous ses confrères. Eh bien ! je le déclare avec une satisfaction que vous partagerez, Messieurs, les recherches les plus scrupuleuses sur tous les actes des Cent-Jours ne m’ont rien fait entrevoir qui doive affaiblir les