Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/407

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me semble ! » Déconcerté par la vivacité de la boutade, le grand seigneur ne répondit pas un mot. Il faut même croire qu’à partir de ce moment il se décida à ne visiter que des ministres, car le simple savant n’en entendit plus parler.

Fourier était doué d’une constitution qui lui promettait de longs jours ; mais que peuvent les dons naturels contre les habitudes antihygiéniques que les hommes se créent à plaisir ! Pour se dérober à de légères atteintes rhumatismales, notre confrère se vêtait, dans la saison la plus chaude de l’année, comme ne le font même pas les voyageurs condamnés à hiverner au milieu des glaces polaires. « On me suppose de l’embonpoint, disait-il quelquefois en riant ; soyez assuré qu’il y a beaucoup à rabattre de cette opinion. Si, à l’exemple des momies égyptiennes, on me soumettait, ce dont Dieu me préserve ! à l’opération du désemmaillottement, on ne trouverait pour résidu qu’un corps assez fluet. » Je pourrais ajouter, en choisissant aussi mon terme de comparaison sur les bords du Nil, que dans les appartements de Fourier, toujours peu spacieux et fortement chauffés, même en été, les courants d’air auxquels on était exposé près des portes, ressemblaient quelquefois à ce terrible seïmoun, à ce vent brûlant du désert que les caravanes redoutent à l’égal de la peste.

Les prescriptions de la médecine qui, dans la bouche de M. Larrey, se confondaient avec les inquiétudes d’une longue et constante amitié, ne réussirent pas à faire modifier ce régime mortel. Fourier avait déjà eu en Égypte et à Grenoble quelques atteintes d’un anévrisme