Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/435

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


susceptible, jusqu’à un certain point, d’appréciations numériques[1] ; mais elle se présente encore à nous comme un terrible moyen de destruction.

Des esprits éminents ne s’arrêtèrent pas à cette réflexion chagrine. Ils conçurent que les forces mécaniques doivent devenir, ainsi que les passions humaines, utiles ou nuisibles, suivant qu’elles sont bien ou mal dirigées. Dans le cas particulier de la vapeur, il suffit, en effet, de l’artifice le plus simple, pour appliquer à un travail productif la force élastique redoutable qui, suivant toute apparence, ébranle la terre jusque dans ses fondements, qui entoure l’art du statuaire de dangers réels, qui brise en cent éclats les parois épaisses d’une bombe !

Dans quel état se trouve ce projectile avant son explosion ? Le bas renferme de l’eau très-chaude, mais encore liquide ; le reste de la capacité est rempli de vapeur. Celle-ci, car c’est le trait caractéristique des substances gazeuses, exerce également son action dans tous les sens : elle presse avec la même intensité, l’eau et les parois métalliques qui la contiennent. Plaçons un robinet à la

  1. Si quelque érudit trouvait que je n’ai pas remonté assez haut en m’arrêtant à Flurence Rivault ; s’il empruntait une citation à Alberti, qui écrivait en 1411 ; si d’après cet auteur il nous disait que dès le commencement du xve siècle, les chaufourniers craignaient extrêmement, pour eux et pour leurs fours, les explosions des pierres à chaux dans l’intérieur desquelles il y a fortuitement quelque cavité, je répondrais qu’Alberti ignorait lui-même la cause réelle de ces terribles explosions ; qu’il les attribuait à la transformation en vapeur de l’air renfermé dans la cavité, opérée par l’action de la flamme ; je remarquerais, enfin, qu’une pierre à chaux, accidentellement creuse, n’aurait donné aucun des moyens d’appréciations numériques dont l’expérience de Rivault paraît susceptible.