Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/519

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Si cette discussion blesse quelques amours-propres, je remarquerai qu’elle a été provoquée. Les hommes d’étude de notre époque avaient-ils jusqu’ici fait entendre des plaintes en ne voyant aucun des grands auteurs dunt ils cultivent l’héritage, figurer dans ces longues rangées de statues colossales que l’autorité élève fastueusement sur nos ponts, sur nos places publiques ? Ne savent-ils pas que ces monuments sont fragiles ; que les ouragans les ébranlent et les renversent ; que les gelées suffisent pour en ronger les contours, pour les réduire à des blocs informes ?

Leur statuaire, leur peinture à eux, c’est l’imprimerie. Grâce à cette admirable invention, quand les ouvrages que la science ou que l’imagination enfantent ont un mérite réel, ils peuvent défier le temps et les révolutions politiques. Les exigences du fisc, les inquiétudes, les terreurs des despotes, ne sauraient empêcher ces productions de franchir les frontières les mieux gardées. Mille navires les transportent, sous tous les formats, d’un hémisphère à l’autre. On les médite à la fois en Islande et à la terre de Van-Diemen ; on les lit à la veillée de l’humble chaumière, on les lit aux brillantes réunions des palais. L’écrivain, l’artiste, l’ingénieur, sont connus, sont appréciés du monde entier, par ce qu’il y a dans l’homme de plus noble, de plus élevé : par l’âme, par la pensée, par l’intelligence. Bien fou celui qui, placé sur un pareil théâtre, se surprendrait à désirer que ses traits, reproduits en marbre ou en bronze, même par le ciseau d’un David, fussent un jour exposés aux regards des promeneurs désœuvrés. De tels honneurs, je le répète, un savant, un