Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/525

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corps penché, la voix altérée par une émotion visible : « C’est trop, c’est trop, Messieurs, s’écria-t-il, vous me comblez ; les termes me manquent pour vous témoigner ma reconnaissance ! »

Je laisse à deviner la profonde surprise de tant de courtisans témoins de cette scène, eux qui d’adulation en adulation étaient arrivés à dire à leur maître, et sans qu’il en parût étonné : « Quand Dieu eut créé Napoléon, il sentit le besoin de se reposer ! »

Mais quelles étaient enfin les paroles qui allèrent si juste, si directement au cœur de Napoléon ? Ces paroles, les voici :

« Dans les camps où, loin des calamités de l’intérieur, la gloire nationale se conservait inaltérable, naquit une autre éloquence, inconnue jusqu’alors aux peuples modernes. Il faut même en convenir : quand nous lisons dans les écrivains de l’antiquité les harangues des plus renommés capitaines, nous sommes tentés souvent de n’y admirer que le génie des historiens. Ici le doute est impossible ; les monuments existent : l’histoire n’a plus qu’à les rassembler. Elles partirent de l’armée d’Italie, ces belles proclamations où le vainqueur de Lodi et d’Arcole en même temps qu’il créait un nouvel art de la guerre, créa l’éloquence militaire dont il restera le modèle. »

Le 28 février, le lendemain de la célèbre séance dont je viens de tracer le récit, le Moniteur, avec sa fidélité reconnue, publia une réponse de l’empereur au discours de Chénier. Elle était froide, compassée, insignifiante ; elle avait enfin tous les caractères, d’autres diraient toutes