Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/533

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vaincra les éléments ; il se jouera du calme, des vents contraires, des tempêtes.

Les traversées deviendront beaucoup plus rapides ; le moment de l’arrivée des paquebots pourra être prévu comme celui des voitures publiques ; vous n’irez plus sur le rivage, pendant des semaines, pendant des mois entiers, le cœur en proie à de cruelles angoisses, chercher d’un œil inquiet, aux limites de l’horizon, les traces incertaines du navire qui doit vous rendre un père, une mère, un frère, un ami.

La machine à vapeur, enfin, traînant à sa suite des milliers de voyageurs, courra, sur les chemins de fer, beaucoup plus vite que sur l’hippodrome le meilleur cheval de race chargé seulement de son svelte jockey.

Voilà, Messieurs, l’esquisse fort abrégée des bienfaits qu’a légués au monde la machine dont Papin avait déposé le germe dans ses ouvrages, et qu’après tant d’ingénieux efforts Watt a portée à une admirable perfection. La postérité ne les mettra certainement pas en balance avec des travaux, beaucoup trop vantés, et dont l’influence réelle, au tribunal de la raison, restera toujours circonscrite dans le cercle de quelques individus et d’un petit nombre d’années.

On disait, jadis, le siècle d’Auguste, le siècle de Louis XIV. Des esprits éminents ont déjà soutenu qu’il serait juste de dire le siècle de Voltaire, de Rousseau, de Montesquieu. Suivant moi, je n’hésite pas à l’annoncer, lorsqu’aux immenses services déjà rendus par la machine à vapeur se seront ajoutées toutes les merveilles qu’elle