Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/575

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ter constant, les quantités dont ces masses pourront être soulevées en une minute seront un million ou un milliard de fois plus petites que celles où votre main eût porte un seul kilogramme dans le même temps.

Chacun comprendra maintenant le véritable sens de l’aphorisme de mécanique : Les machines font perdre en temps ou en vitesse ce qu’elles font gagner en force. Qu’on me donne un point d’appui situé hors de la terre, s’écriait Archimède, et cette terre si grande, si massive, je la soulèverai à l’aide d’un levier par le seul effort de ma main. L’exclamation de l’immortel géomètre caractérisait merveilleusement les machines, en tant qu’elles donnent à l’homme le moyen de réaliser des effets qui, sans cela, seraient des milliards de milliards de fois au-dessus de sa force naturelle ; mais l’antiquité l’eût sans doute beaucoup moins admirée, si, analysant de plus près les phénomènes, comme nous venons de le faire, quelqu’un avait ajouté : Oui, sans doute, mathématiquement parlant, avec son point d’appui et son levier, Archimède soulèverait le globe ; mais, après quarante millions de siècles d’un effort continu, car un tel calcul ne dépasse pas aujourd’hui les limites de la science, le déplacement opéré serait à peine de l’épaisseur d’un cheveu.

Si la machine idéale, si la machine douée de toutes les perfections imaginables n’ajoute rien à la force qui la met en action, du moins elle ne lui fait rien perdre ; elle transforme les effets par équivalents rigoureux. Il n’en est pas de même d’une machine réelle : ici la puissance et la résistance communiquent entre elles à l’aide de pièces que nous supposions inflexibles et qui ne le sont