Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/579

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gements brusques, de faire naître dans mon auditoire le désir que, tout inconvénient mis de côté, je passe brusquement à autre sujet ; je me hasarderai cependant à ajouter encore quelques mots.

Il vient d’être souvent question de forces perdues : l’expression est juste, quand on compare les effets d’une machine à ceux qu’elle aurait pu produire, toutes les autres circonstances restant les mêmes, si le constructeur avait soigneusement évité les changements subits de vitesse ; mais il ne faut pas croire qu’aucune force ou fraction de force puisse être jamais anéantie dans l’acception grammaticale du mot : tout ce qui ne se retrouve ni dans l’effet utile engendré par le moteur, ni dans ce qu’il conserve de puissance après avoir agi, a concouru à l’ébranlement et à la destruction de la machine.

Ce dernier trait était nécessaire pour faire apprécier les éminents, les incontestables services que le théorème de Carnot a déjà rendus et qu’il rendra de plus en plus à l’art et à l’industrie. Si je ne craignais la vive incrédulité qui, de prime abord, s’attacherait à mes paroles, j’ajouterais que ce même théorème d’analyse et de mécanique a aussi joué un grand rôle dans les événements nombreux de notre Révolution, dont les déterminations de Carnot pouvaient changer le caractère. Au reste, j’en ai trop dit pour ne pas compléter ma pensée.

Dans ma jeunesse, encouragé par la bienveillance, par l’amitié dont Carnot voulait bien m’honorer, je prenais quelquefois la liberté de reporter ses souvenirs sur ces grandes époques de nos annales révolutionnaires où les partis, dans leurs convulsions frénétiques, furent