Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/63

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vions mesurer la latitude de Formentera. Je profiterai de ces courts instants de repos pour consigner ici quelques détails de mœurs qu’on lira peut-être avec intérêt.

Je rapporterai d’abord une aventure qui faillit me coûter la vie dans des circonstances assez singulières.

Un jour, par délassement, je crus pouvoir aller, avec un compatriote, à la foire de Murviedro, l’ancienne Sagonte, qu’on me disait être très-curieuse. Je rencontrai, dans la ville, la fille d’un Français résidant à Valence, mademoiselle B***. Toutes les hôtelleries étaient combles ; mademoiselle B*** nous invita à aller prendre une collation chez sa grand’mère ; nous acceptâmes. Mais, au sortir de la maison, elle nous apprit que notre visite n’avait pas été du goût de son fiancé, et que nous devions nous attendre à quelque guet-apens de sa façon. Nous allâmes incontinent acheter des pistolets chez un armurier, et nous nous remîmes en route pour Valence.

Chemin faisant, je dis au calezero, homme que j’employais depuis longtemps et qui m’était très-dévoué :

« Isidro, j’ai quelques raisons de croire que nous serons arrêtés ; je vous en avertis, afin que vous ne soyez pas surpris par les coups de feu qui partiront de la caleza. »

Isidro, assis sur le brancard, suivant l’habitude du pays, répondit :

« Vos pistolets sont parfaitement inutiles, Messieurs : laissez-moi faire ; il suffira d’un cri pour que ma mule nous débarrasse de deux, de trois et même de quatre hommes. »

Une minute s’était à peine écoulée depuis que le calezero avait prononcé ces paroles, lorsque deux hommes