Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/646

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de faire brèche de très-loin ; on le mettait dans l’obligation de s’approcher beaucoup du corps de place, afin que le feu de son artillerie pût s’ouvrir avec efficacité contre les revêtements chargés de l’artillerie de l’assiégé.

On raconte que Soliman II tenait conseil avec ses généraux sur la manière de faire le siége de Rhodes. L’un d’entre eux, homme d’expérience, expliquait les difficultés de l’entreprise. Le sultan, pour toute réponse, lui dit : « Avance jusqu’à moi, mais songe bien que si tu poses seulement la pointe du pied sur le tapis au milieu duquel tu me vois assis, ta tête tombera. » Après quelque hésitation, le général ottoman s’avisa de soulever la redoutable draperie et de la rouler sur elle-même à mesure qu’il avançait. Il parvint ainsi, sain et sauf jusqu’à son maître. « Je n’ai plus rien à t’apprendre, s’écria ce dernier : tu connais maintenant l’art des siéges. » Telle est, en effet, l’image fidèle des premiers mouvements de celui qui veut s’emparer d’une place de guerre par une attaque en règle. Le terrain est le tapis du sultan. Il y va de sa vie s’il s’y présente à découvert ; mais qu’il fouille le terrain, qu’il amoncelle ses déblais devant lui ; qu’il roule sans cesse, en avançant, quelque peu du tapis ; et derrière cet abri mobile, les assiégeants, conduisant avec eux une puissante artillerie, s’approchent en force et en très-peu de temps des remparts des places, sans être vus de l’assiégé.

Au fond, le problème de la fortification peut être considéré comme un cas particulier de la théorie géométrique des polygones étoilés. Cet ensemble, en apparence inextricable, d’angles saillants, d’angles rentrants, de bastions, de courtines, de demi-lunes, de tenailles, etc., dont