Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/658

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çais, ou de sa persistance, malheureusement sans résultat, à signaler à l’Empereur le traître qui, sous la foi d’une ancienne réputation d’habileté, s’était introduit dans le ministère, sa gloire n’en sera pas ternie.

Déjà, dans la soirée du 24 juillet, Carnot avait reçu un passe-port de l’empereur Alexandre. Il ne s’en servit toutefois qu’en Allemagne. Obligé de voyager sous un nom supposé, il ne voulut au moins renoncer que le plus tard possible au titre de Français ; c’est donc comme Français qu’il traversa de nouveau et si tristement le grand fleuve jusqu’aux rives duquel il avait eu l’insigne honneur de porter nos frontières, et il se rendit à Varsovie.

Dans certain pays peu éloigné du nôtre, l’étranger est toujours accueilli avec cette formule sacramentelle : « Ma maison et tout ce qu’elle renferme sont à vous ; » mais il n’est pas rare, je dois le dire, qu’au même moment et d’un geste que les domestiques comprennent à merveille, le propriétaire improvisé soit pour toujours consigné à la porte de l’habitation qu’on venait de lui offrir si libéralement. La réception de Carnot en Pologne ne doit pas être rongée dans cette catégorie. Nos excellents amis les braves Polonais ne se bornèrent pas, envers l’illustre proscrit, a de simples formules de politesse. — Le général Krasinski lui porta le titre d’un majorat en terres de 8,000 francs de rente qu’il tenait de Napoléon ; le comte de Paç voulait lui faire accepter la jouissance de plusieurs domaines. Quoique Carnot ne fût pas franc-maçon, toutes les loges maçonniques du royaume firent une souscription qui produisit une somme considérable ; enfin, et de toutes ces offres qu’il refusa, celle-ci alla le plus droit au cœur